Auteur : Lelfya
Posté le 4 novembre
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À la dérive


Sous la voûte céleste, la jeune femme se laissa choir sur le bois flottant, perdue au milieu de cette mer infinie dont on ne voyait plus les rivages. Ses yeux d’un bleu profond, rejoignant la couleur de l’eau sous ses pieds, admiraient le ciel devenu sombre avec l’arrivée de la nuit. Les premières étoiles commençaient à s’illuminer, lui donnant des indications sur sa position. Mais malgré cela, elle n’avait aucune envie de rentrer. La brise fraîche caressa son visage, passant dans ses cheveux humides, puis descendant lentement sur son corps vêtu d’un voile léger. La naissance de sa poitrine se découvrait sous la douce lumière de la lune, se soulevant à un rythme régulier. Sa peau d’albâtre luisait doucement, contrastant avec sa crinière de jais. À l’exception de sa chevelure et son regard, tout chez elle pouvait être associée à la vanille, une couleur pure et rassurante pour quiconque la croisant. Sa pâleur, incandescente, la faisait apparaître plus clairement sur l’océan sombre où elle se laissait flotter.

Le balancement des vagues lui fit fermer les yeux, se murant dans sa solitude. Elle ne semblait pas avoir ressenti ce sentiment depuis longtemps, mais au milieu de cette immensité d’eau elle se sentait perdue. L’odeur du sel lui rappela le goût de ces larmes qu’elle n’arrivait pas à réfréner, prête à s’échapper de ses yeux clos. Sa respiration s'accéléra tandis que ses traits se crispaient, tentant de contenir la tristesse qui s’emparait d’elle. La jeune femme se recroquevilla sur elle-même, ramenant ses genoux contre sa poitrine, sa longue robe baignant en partie dans l’eau. Son radeau de fortune semblait son seul refuge, le besoin d’être seule était plus fort que sa propre sécurité. Un sanglot se fit entendre, passant entre ses lèvres fines, puis il s’accentua. La solitude laissa place à la détresse, au désespoir et à l’envie de disparaître. Elle ne voyait plus l’intérêt de rester ici, esseulée, meurtrie physiquement et mentalement.

Lentement, elle tourna son regard vers son aile gauche. La vision de son muscle supérieur brisé lui arracha une grimace, le souvenir douloureux de sa chute lui revenant de plein fouet. Depuis ce jour, ses rêves s’étaient transformés en cauchemars, hantant ses pensées jours et nuit, la poussant à bout. Ce voyage sur la mer devait être le dernier pour cet être si pur tombé du ciel. En étendant ses jambes, elle fit tomber ses pieds minces dans l’eau froide de la mer et regarda de nouveau les cieux illuminés par les étoiles. Elle savait qu’elle n’y rentrerait jamais, que l’ange déchu qu’elle était ne pourrait plus espérer accomplir sa mission. Cette nuit étoilée n’avait plus de promesses à offrir à l’ange, sauf celle d’apaiser son coeur à la dérive.


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