Posté le 9 janvier
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Je vous raconte pourquoi ils ont bloqué Djokovic juste en Australie. Et pourquoi ils veulent lui faire subir le même sort que Maradona.

La question du visa refusé au tennisman Novak Djokovic par l’Australie peut être interprétée de deux façons : celle de la pilule bleue que font avaler en ce moment la plupart des médias traditionnels, lesquels avaient hâte de pouvoir mettre au pilori l’un des anti-vax les plus célèbres au monde, pour montrer que quelles que soient votre richesse ou votre puissance, si vous êtes contre ces vaccins, vous êtes mis en quarantaine comme un rat et vous perdez tout droit civil. Selon cette version, nous sommes censés croire que le joueur de tennis le plus célèbre au monde a passé des dizaines d’heures de vol pour participer à l’un des tournois les plus importants – après s’être exposé publiquement au sujet de son propre statut vaccinal – et qu’il l’a fait sans avoir tous ses documents en règle et sans avoir reçu d’autorisation préalable de la part des institutions australiennes sur les documents à présenter. Ils voudraient nous faire croire que Djokovic aurait tenté sa chance tel un petit garçon qui monte dans le bus avec un billet périmé, en espérant que le contrôleur ne s’en aperçoive pas. Et ce qui est triste, c’est que beaucoup de personnes croient à cette version improbable et surréelle.

Et puis, il y a l’autre version : celle de la pilule rouge dont les médias se sont bien gardés de parler, comme si ce que je vais vous raconter n’était pas documenté et officiel. D’ailleurs, je suis certain que lorsque ces informations sortiront, nous entendrons répéter en boucle le mantra du « aucun lien » qui nous accompagne depuis des mois sur divers sujets.

La vérité, c’est que bien sûr, ces garanties, Djokovic les avait toutes reçues. Son exemption avait également été soumise à un contrôle de la part d’organismes indépendants mis en place par Tennis Australia et le gouvernement de l’État de Victoria. Au moment où je vous parle, les informations sortent à ce sujet.

L’Australie a tendu un piège au tennisman serbe.
Une vengeance méditée par quelqu’un qui avait hâte qu’il arrive sur son propre territoire.

Mais pourquoi s’en prendre à lui et pourquoi en Australie ?


Retour en arrière :
En 2006, la compagnie minière Rio Tinto a découvert des réserves de jadarite (un silicate de lithium et de bore principalement utilisé dans les batteries automobiles et les téléphones portables) dans la région de Loznica, une petite ville située dans la zone centre-ouest du pays à 130 km de Belgrade, et a commencé à acheter des propriétés mais sans lancer l’extraction du matériau. Cette dernière opération nécessitait l’accord du gouvernement, qui a été donné en la personne du Premier ministre Aleksandar Vukic, lequel a parlé d’un investissement de 2,12 milliards d’euros de la part de Rio Tinto et de 600 millions d’euros de recettes annuelles pour les 50 prochaines années.

Mais vous me direz : qu’est-ce que le tennisman serbe le plus célèbre au monde a à faire avec ce projet ?

Lisons le titre d’un article publié à une date qui n’éveille pas les soupçons (décembre 2021) sur le Corriere della Sera :

Djokovic bat le Premier ministre Vucic : mines de lithium Rio Tinto bloquées en Serbie.

On trouve aussi :

Après plusieurs semaines de manifestations, auxquelles a également participé le joueur de tennis, le gouvernement a dû renoncer au super projet (très polluant) d’exploitation d’une mine de lithium à 130 km de Belgrade.

Ou encore :

Chaque samedi pendant des mois, à Belgrade et dans d’autres villes, les gens sont descendus dans la rue pour exiger que Vucic fasse marche arrière, en bloquant le trafic et en se heurtant à la police.

Au début, le président a accusé de défaitisme « ces soi-disant écologistes financés par des gouvernements étrangers », en rappelant que cet investissement aurait créé des milliers de postes d’emploi et aurait rapporté 600 millions d’euros par an au cours des 50 prochaines années. Mais lorsque les académiciens et une idole des foules comme Novak Djokovic se sont joints aux manifestations — le champion serbe de tennis, souvent proche des positions des nationalistes au gouvernement, a écrit dans une publication que « l’eau, la nourriture et l’air sains sont la clé de notre santé. Sans eux, parler de santé n’a pas de sens » —, à ce moment-là, Vucic a abandonné la jadarite-kryptonite et a retiré les projets miniers.

Voilà ce qu’écrivait Djokovic sur son profil Instagram, en s’adressant à des millions de personnes :

« Étant donné les manifestations citoyennes actuelles dans toute la Serbie indiquant la nécessité d’une approche sérieuse et concrète vis-à-vis d’importantes questions environnementales, j’ai décidé de m’adresser au public, convaincu de la grande importance de ces sujets pour nous tous. Je suis conscient que ces manifestations ont aussi d’autres revendications d’ordre politique. Je souhaite prendre mes distances avec les "positions" et "oppositions", ou les courants politiques de tous bords. J’ai toujours cherché à être apolitique. Cela me gêne qu’une personne ne puisse pas souligner sa position personnelle et son avis sur des éléments aussi essentiels pour la vie et la santé comme l’air, l’eau et la nourriture sans être étiquetée de gauche, de droite, d’opposition, de démocratique, de progressiste, de socialiste etc. »

« Malgré cela, je choisis personnellement de rendre mon avis public sur certains sujets que j’estime extrêmement importants. Je n’ai pas hésité par le passé à prendre position et à me battre pour les joueurs de tennis et les athlètes qui ont besoin d’un porte-parole et de l’aide de certains "plus grands" noms dans notre sport […] Je ne renoncerai pas à me battre pour la justice et la vérité ».

Cliquez Ici pour voir les stories originales publiées sur Instagram

Voyez-vous, le soutien de Djokovic à cette cause a été déterminant. Le tennisman est en effet une idole aux yeux de ses concitoyens. Il est adulé. À tel point que dans les milieux politiques, certains affirment qu’il est possible qu’il devienne un futur Président de la Serbie.

Djokovic a contribué, de par son soutien, à faire capoter le contrat de 2,5 milliards de dollars d’une multinationale étrangère.

La région du Jadar est en effet l’un des plus grands gisements de lithium au monde, avec 136 millions de tonnes de matériau pour une valeur estimée à 200 milliards d’euros. Et ce matériau est indispensable à un secteur qui se développe massivement tel que celui des batteries pour véhicules électriques et téléphones portables. La seule mine de Loznica pourrait couvrir 10 pour cent des besoins mondiaux.

Le Président serbe n’est pas le seul à avoir perdu puisque le grand perdant de l’histoire est surtout l’impitoyable multinationale Rio Tinto qui, en 150 années et dans 35 pays — de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à l’Australie — a souvent été accusée de violer les droits de l’Homme, ainsi que l’environnement.

Mais d’où vient Rio Tinto ?
Elle est anglo-australienne. Sa principale division se trouve justement en Australie. Vous avez bien lu : en Australie, où en ce moment même, Djokovic est bloqué par le gouvernement et traité comme un criminel. Aucun lien ? La postérité en jugera.

Il est important que le lecteur sache que le lithium est aujourd’hui l’un des minéraux les plus recherchés au monde. Les pays producteurs de lithium ont fait l’objet de véritables coups d’État menés par de grandes multinationales étrangères. Tel est le cas de la Bolivie, après la décision du gouvernement d’Evo Morales de nationaliser l’extraction et d’accorder peu de contrats aux compagnies étrangères.

Quelques mois plus tard, Evo Morales a subi une sorte de coup d'État et a été obligé de fuir le pays. Le leader sud-américain a également été soutenu dans cette bataille par le footballeur Diego Armando Maradona qui se rangea de son côté.

Il y a beaucoup de ressemblances entre ce qui arrive à Novak et ce qui est arrivé à Maradona dans le passé – comme je l’ai documenté dans mon livre IL DIegO Rivoluzionario après des années d’enquête. Maradona aussi fut piégé à la Coupe du monde 1994 des États-Unis, puis disqualifié sous un faux prétexte, après s’être opposé publiquement aux États-Unis et avoir pris la défense des leaders socialistes et anti-impérialistes, et surtout, après avoir juré fidélité à la cause de la révolution cubaine et à Fidel Castro. Le champion argentin a, lui aussi, des années plus tard, mené une manifestation populaire à Mar del Plata qui a obligé les États-Unis à renoncer à signer l’accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Maradona fut un militant actif de ces manifestations et quand il tenta par la suite de se rendre à Disneyland avec son petit-fils, il fut traité comme un criminel, enfermé dans une pièce de l’aéroport pendant des heures, déshabillé, fouillé et laissé sans téléphone portable, pour se voir ensuite refuser son visa et être renvoyé chez lui. Que vous rappelle cette anecdote que Maradona confia à Fidel Castro lors de son interview exclusive au commandant cubain pour la télé vénézuélienne ? Vous ne trouvez pas qu’il y a une ressemblance avec ce que le célèbre joueur de tennis est en train de vivre en ce moment ? Lorsqu’on ne retient pas les leçons de l’histoire, l’histoire est vouée à se répéter. Et elle est en train de se répéter avec Djokovic, un champion sportif qui s’est servi de sa notoriété pour se mettre en travers d’un important projet impérialiste contraire aux intérêts de son peuple.

Diego s’est mis les États-Unis à dos et n’y est plus jamais entré. Djokovic – à en juger par son action au détriment de Rio Tinto – pourrait s’être mis le gouvernement australien à dos comme l’écrivent plusieurs médias serbes, parmi lesquels le Serbian Times, qui envisagent une vengeance au sujet de Rio Tinto. Une hypothèse qu’aucun média italien n’a jamais relayée.

Modifier l’ordre des additions ne change pas le résultat. Novak, tout comme Diego, s’est aussi mis à dos la fédération sportive qui devra éventuellement autoriser le passage sur son propre corps pour le conduire au piège et le frapper. Diego fonda son propre syndicat contre la FIFA ; Djokovic a fondé, lui aussi, son propre syndicat pour défendre les joueurs de tennis malgré la vive opposition de la fédération des joueurs de tennis professionnels. L’histoire se répète. Le tennisman serbe pourrait être la nouvelle victime sacrificielle du monde du sport sur l’autel du pouvoir, car il est coupable de l’avoir défié. Pour détruire son image, il fallait cependant trouver le moyen de monter l’opinion publique contre lui. Avec Diego, ils l’ont fait en instrumentalisant ses vices. Avec Djokovic, ils le font en instrumentalisant ses convictions. L’avoir désigné comme un représentant des anti-vax est emblématique. L’opinion publique sera toujours incapable de voir au-delà du voile de la désinformation médiatique et continuera à protéger inconsciemment mais activement les intérêts du pouvoir.

Personne ne s’est en effet posé de questions. Personne ne s’est demandé pourquoi le tennisman serbe a été invité pour participer au tournoi en Australie, puis bloqué. Est-il vraiment possible de croire à une erreur lors de la documentation de son formulaire de visa ? Et comment se fait-il que sa lutte pour la liberté vaccinale ait fait autant de tapage alors que c’est le silence radio concernant le plus célèbre athlète américain anti-vax, le basketteur professionnel Kyrie Living qui, ces derniers jours justement, après une longue pause et un différend juridique entre son équipe juridique et les dirigeants de la Ligue NBA, est retourné sur le terrain bien que n’étant pas vacciné ? Pourquoi a-t-on utilisé deux poids et deux mesures ?

C’est simple. Djokovic est très probablement tombé dans un piège dans un pays qui lui est hostile pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la question vaccinale.

Source : Francesco Amodeo, journaliste d’investigation italien

Pour voir l’article en langue originale : https://www.francescoamodeo.it/vi-racconto-perche-hanno-bloccato-djokovich-proprio-in-australia-e-perche-vogliono-fargli-fare-la-fine-di-maradona/

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