Posté le 10 décembre
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1670.
Le commerce maritime est bouleversé par une vague de piraterie. Animés par une soif de richesse facile, des hommes de plus en plus nombreux prennent la mer. Certains équipages plus coriaces sèment la terreur de tous les côtés. Depuis quelques années, civils, armée, commerçants et autres navires, tous craignent le même étendard. Un fond noir, un motif de bras armé d'un couteau et brisé au niveau du poignet. Le propre de l'équipage du Capitaine Tora. Après avoir pillé les trésors de leurs concurrents, l'équipage du Risada Sombria a pour coutume de leur briser les poignets pour amoindrir leurs chances de naviguer jusqu'au port le plus proche.
Le Risada Sombria était dans les bouches du monde entier. Pendant presque une décennie, ils amassèrent des richesses par tonnes et connurent une gloire immense. L'on dit du capitaine Tora qu'il n'a croisé que les yeux de ses hommes pendant son règne puisque le reste du monde baissait le regard devant lui.

Seulement, il arriva un jour où le Risada Sombria perdit son pavillon. Après avoir ouï des rumeurs dans lesquelles l'on raconte que le capitaine Tora est le père légitime du nouvel héritier nouveau-né d'Espagne, le Roi déploya des moyens colossaux pour faire tomber son ennemi. Après une bataille acharnée, le bateau fut maîtrisé.
En référence aux sorts réservés aux ennemis du Risada Sombria, l'on coupa au Capitaine du navire les mains au niveau du poignet. Puis, on l'attacha à genoux au mas de son bateau. Autour de lui, ses quarante hommes encore vivants sont maintenus de la même façon.
Le bateau est arrosé d'alcool, amarré dans un port bondé. Bientôt, il sera dévoré par les flammes, emportant avec lui les malheureux survivants du plus grand équipage portugais.

Tora n'entend pas le discours hurlé depuis le port ni même les acclamations de la foule enragée. Il garde le dos droit pour montrer le meilleur exemple à ses hommes. Aujourd'hui, il s'en ira dans la dignité. Il ignore le sang qui abonde de ses plaies et enduit ses bottes, l'affaiblissant à petit feu. Il porte sur son équipage un regard attendri. On entend sur le parquet du navire aucun pleur, aucune plainte. Certains serrent juste les dents, attendant la mort. Pour une fois, Tora ne croise pas les yeux embués de ses hommes. Aucun ne veut voir le pitoyable état de leur supérieur. Par respect et par chagrin. Quelle fierté est-ce pour le capitaine. Soudain, sa voix brise le silence pesant.

- Personne sur ce quai ne peut comprendre quel honneur j'ai de mourir sur mon bateau, avec mes propres hommes. J'aimerai avoir le temps de remercier chacun d'entre vous de m'avoir accompagné dans ce voyage et de m'avoir accordé cette confiance. Il n'y a qu'une chose qui me fera partir sereinement. Ai-je été un bon capitaine ?


Certains ont déjà les épaules qui tremblent d'émotion. Mais sous la question de leur supérieur, personne n'arrive à contenir sa rage ou sa peine. Depuis le port, on entend les pirates crier à l'unisson des phrases telles que "Le meilleur de tous", "Évidemment que oui Capitaine", ....
L'émotion serrent leurs gorges.

Et alors que la première flèche enflammée vint mordre le parquet du navire, l'embrasant d'un feu ardent, un rire retentit. Un rire sincère, grave, celui du Capitaine.

Ainsi péri l'équipage du Risada Sombria.
Les journals de bords furent brûlés avec le navire pour n'en laisser aucune trace mais personne ne pu oublier l'histoire sombre de l'étendard à l'os brisé, et surtout le rire déchirant du glorieux Capitaine Tora.

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