Posté le 13 juillet
Télécharger | Reposter | Pleine largeur

Une nouvelle réunion pour rien, des présidents qui se déchirent : le long feuilleton des droits TV de la Ligue 1
Incapables de se décider entre le lancement d'une chaîne 100 % Ligue 1 par la LFP et la cession des droits à DAZN, renforcée par un autre diffuseur, les présidents du Championnat de France doivent enfin trancher dimanche soir.


Sacha Nokovitch, Etienne Moatti et Arnaud Hermant
publié le 12 juillet 2024 à 23h10



Un jour sans fin. La Ligue de football professionnel et les présidents de Ligue 1 semblent plongés dans ce film où le héros, interprété par Bill Murray, est condamné à revivre sans cesse la même journée que la veille. Depuis des mois, et plus particulièrement ces dernières semaines, ni la LFP ni les dirigeants des clubs de l'élite ne sont en mesure de trancher sur l'avenir de leur diffusion et par conséquent de leurs finances. Vendredi encore, le collège de L1 n'est pas parvenu à se mettre d'accord, repoussant une nouvelle fois sa décision à dimanche soir, avant la réunion d'un conseil d'administration censé voter une décision finale. Un scénario critique à un mois du début de la saison, du jamais-vu dans l'histoire des grands Championnats européens.

Organisée essentiellement en visio-conférence, la réunion entamée vendredi à 11 heures a duré près de quatre heures, avec de nombreux sujets abordés dans un climat plutôt apaisé... malgré les enjeux. En premier lieu, le choix de l'option de diffusion, avec quelques évolutions par rapport à la réunion de la semaine dernière. Il y a d'abord DAZN, la seule apportant des fonds immédiats aux clubs. En l'occurrence, 375 M€ en moyenne par saison pour huit matches sur neuf. Jusqu'ici, les garanties apportées par la plateforme britannique étaient des engagements de l'entité DAZN Europe et pas des garanties bancaires.

Une formule pas vraiment rassurante après l'épisode Mediapro, le diffuseur sino-espagnol qui avait proposé des montants extraordinaires à la LFP avant de stopper les versements dès la deuxième échéance, à l'automne 2020. DAZN n'étant pour l'instant pas rentable depuis son lancement en 2016, la Ligue a demandé davantage de garanties pour se protéger d'une éventuelle défaillance... et les a obtenues. Selon nos informations, la plateforme britannique, très motivée, a rencontré jeudi les équipes de la LFP et lui a finalement fourni une garantie de sa maison-mère, Access Industries (Warner Music, Deezer...), un groupe fondé par l'industriel Len Blavatnik, troisième plus grosse fortune du Royaume-Uni. « Les garanties ont été renforcées et certains aspects de notre offre aussi », confirme à L'Équipe une source proche de DAZN.


Le groupe audiovisuel aurait notamment revu l'échelonnement des paiements par année, avec davantage d'argent versé les deux premières saisons et un peu moins par la suite, mais toujours pour une moyenne de 375 M€ par exercice. Avec le complément du dernier match et du quasi-direct, la Ligue espère récupérer 500 M€ par saison, qui compléteraient les 160 M€ de droits internationaux attendus (en attendant la déduction de la part reversée à CVC, normalement 13 % et 20 % cette saison). Nasser al-Khelaïfi, le président du PSG, penche pour cette option, d'autant que le diffuseur de l'affiche restant pourrait être... beIN Sports (voir ci-dessous), même si celui qui préside également beIN Media Group ne l'a en aucun cas évoqué.

Les présidents peu convaincus disent qu'il ne faut pas s'engager sur cinq ans avec DAZN, mais négocier une durée plus courte de deux ou trois ans. Waldemar Kita, le patron du FC Nantes, a même proposé un an seulement. Un deal avec un cycle courant jusqu'en 2029, vu comme un avantage au début de la commercialisation pour rassurer les potentiels clients, est aujourd'hui considéré comme un frein face à une offre jugée trop basse... Celle-ci signifierait pour beaucoup un manque à gagner trop important sur le long terme et des ambitions à revoir. Voilà pourquoi vendredi, la plupart des présidents optaient pour la chaîne 100 % L1 de la LFP, adossée au catalogue de la plateforme Max de Warner Bros Discovery (films, séries, documentaires et les chaînes Eurosport), qui serait commercialisée 27,99 euros par mois. Une solution d'avenir mais une aventure trop périlleuse selon Al-Khelaïfi, qui a pointé du doigt pour la seconde fois devant ses homologues et les membres de LFP Media l'absence de minimum garanti et des perspectives peut-être trop enthousiastes (plus de 3 millions d'abonnés visés au bout de quatre ans).


Outre l'étude de la répartition budgétaire, pour cibler des postes d'économies possibles, l'autre sujet qui a animé les débats concerne la répartition des droits internationaux. L'idée avancée vendredi serait de revenir à l'ancien accord en intégrant ces droits, aujourd'hui dédiés uniquement aux clubs ayant joué l'Europe (durant les trois années précédant l'exercice en cours), au pot commun des droits domestiques. Selon les participants, les bénéficiaires actuels se seraient montrés ouverts sauf Pablo Longoria, le président de l'OM, pour qui il n'en serait pas question. Voilà qui promet de nouveaux débats enflammés dimanche. En attendant, les fans de Ligue 1 ne savent toujours pas où voir les matches dans un mois et les présidents ne savent toujours pas de quoi leur avenir sera fait.



beIN Sports aux abonnés absents
Espérée depuis des mois par les présidents de club, la chaîne franco-qatarienne n'a jamais formulé d'offre. Mais elle pourrait s'offrir le dernier match encore en vente en complément de DAZN.
Comme toujours, Nasser al-Khelaïfi s'est peu exprimé lors de la réunion d'hier, le collège de L1 censé trancher dans le dossier des droits de la L1 pour la période 2024-2029. Et en tout cas pas comme président de beIN Media Group, puisque le boss du PSG répète en permanence ne pas représenter le diffuseur franco-qatarien lorsqu'il siège au sein des instances du football français. Ce qui fait sourire et agace à la fois de nombreux participants, même s'ils n'ont jamais le courage de l'exprimer publiquement. Depuis des mois, beIN Sports est en tout cas attendu comme le sauveur. Le football français l'a longtemps estimé capable de mettre sur pied une offre de 700 M€ pour les droits nationaux de la L1 en s'accordant avec le groupe Canal+, son distributeur exclusif. De nombreux signes ont été donnés en ce sens, les dirigeants de beIN rassurant régulièrement la LFP et quelques présidents sur une issue favorable. Un dîner a même eu lieu à l'Élysée en l'honneur de l'émir du Qatar Tamim bin Hamad al-Thani, auquel était convié le président de la LFP Vincent Labrune. Entre la poire et le fromage, les droits de la Ligue 1 ont eu leur rond de serviette. Mais rien n'est venu.
Jeudi soir, des discussions ont eu lieu entre les dirigeants de beIN et ceux de la Ligue. Il a été une nouvelle fois question d'un possible accord pour que la chaîne de la LFP soit prise en charge par beIN Sports avec un minimum garanti suffisant pour permettre aux clubs d'avoir des recettes en début de saison. Mais cette fois encore, beIN n'a pas transformé l'essai. Et aucune offre de sa part n'a été présentée au collège de L1.
D'ici à dimanche et le conseil d'administration de la LFP qui doit clore cet interminable feuilleton, beIN peut encore jouer un rôle, celui de force d'appoint. L'offre de DAZN (8 matches de L1 sur 9 pour un minimum de 375 M€ par an), avec de nouvelles garanties financières, doit forcément être complétée par la vente du dernier match disponible (la meilleure affiche et le deuxième choix en alternance une semaine sur deux, en dehors des 10 plus belles affiches de la saison) pour lequel la LFP espère s'approcher de 100 M€. beIN Sports semble disposé à intervenir sur ce front pour un montant tournant autour de 80 M€ annuels (Amazon Prime Video est aussi une option). Ce qui permettrait à la LFP, avec la vente des droits en quasi direct, d'approcher les 500 M€ de recettes domestiques annuelles. Loin de son objectif de 700 M€. Mais mieux que rien.

x
Éditer le texte

Merci d'entrer le mot de passe que vous avez indiqué à la création du texte.

x
Télécharger le texte

Merci de choisir le format du fichier à télécharger.