Le modèle des concessions d’autoroutes, étendues sur 9 310 kilomètres en France, arrive bientôt à son terme. L’occasion, dès lors, de supprimer tout péage, et de rendre totalement gratuites ces voies, depuis longtemps amorties ? L’idée n’est pas du goût d’Hervé Maurey, un sénateur auteur d’un récent rapport sur le sujet. Explications.
Plusieurs concessions d'autoroutes françaises arriveront à terme au cours de la prochaine décennie.
La Sanef, Vinci et Cofiroute, Eiffage et APRR… Vous les connaissez bien, ce sont ces sociétés privées qui, depuis les années 2000, exploitent nos autoroutes françaises. Mais les règles vont changer au cours de la prochaine décennie : dès le 1er janvier 2031, le premier contrat de concessionnaires arrivera à échéance, avec la Société des autoroutes du Nord et de l'Est de la France (Sanef, groupe Abertis), qui restituera son réseau de 1 338 kilomètres concédés. Dès lors, on pourrait s'imaginer que les autoroutes puissent enfin devenir totalement gratuites... Après tout, les constructions de ces voies rapides auront depuis longtemps été amorties, et il n'y aura plus d'actionnaires privés à rémunérer... Mais le sénateur centriste de l'Eure, Hervé Maurey, ne l'entend pas de cette oreille. Dans un rapport, présenté à la Commission des finances mercredi dernier, il plaide même plutôt pour un nouveau modèle concessif, profondément réformé et rééquilibré.
Ne pas payer son dû sur les autoroutes en France, oubliez, c’est donc un sujet complètement écarté par le rapporteur. «La gestion du réseau d’autoroutes en direct par l'Etat et donc la gratuité pour le consommateur est une fausse bonne idée car s’il ne paie pas à l’usage, c’est le contribuable qui va payer non seulement pour les conducteurs français, mais aussi pour les automobilistes étrangers, les camions, qui utiliseraient nos routes aux frais de ceux qui payent les impôts. Et cela priverait en plus l’Etat de recettes», explique Hervé Maurey.
La note aux péages ne baissera-t-elle même pas un petit peu ? Là non plus, Hervé Maurey ne se montre guère favorable à un rabais sur le ticket d’autoroute. Selon lui, même si, dans le cadre de leurs nouveaux contrats, les concessionnaires auront moins à investir dans l’avenir, les tarifs des péages devraient ainsi rester stables. Le sénateur imagine en effet que les sociétés puissent fixer une somme X pour les péages, tandis qu’une partie, en l'occurrence «le surplus» comme il le dit, serait récupérée avant d’être injectée ailleurs que dans l’autoroute concernée. Cet argent servirait par exemple à financer l'entretien des autoroutes non concédées, des routes nationales qui se dégradent, ou même… du réseau ferroviaire, soit «l’ensemble de la mobilité». Pour lui, la gratuité serait même contre-productive : en rendant les autoroutes beaucoup plus attractives, elle pourrait dévaloriser les transports collectifs.
lors que gouvernement et sociétés privées se renvoient la balle sur l’ampleur des travaux d’entretien à financer, Hervé Maurey propose donc de s'atteler rapidement à la définition de ces nouveaux contrats, pour qu’ils soient plus vertueux. Et que l'argent des péages puisse donc financer l'ensemble des mobilités et la transition écologique. Il suggère par exemple des contrats plus courts, de moins de 15 ans, avec des rendez-vous tous les 5 ans pour faire le point sur la rentabilité des concessionnaires. Mais aussi de redéfinir la gouvernance, et de restreindre le périmètre des concessions, jugé trop grand par certains. «Il y a tout à construire, je suggère que cela se passe aussi dans le cadre d'une très grande concertation avec les collectivités locales, les métropoles, les professionnels, ce sont des sujets qui concernent beaucoup de personnes».